Assisterions-nous de nos jours, en elites francaises, a une forme de sacralisation du « desir » ?

Assisterions-nous de nos jours, en elites francaises, a une forme de sacralisation du « desir » ?

Le credo de cette religion (comme de l’ensemble des religions) tourne autour d’affirmations denuees de tout fondement scientifique, pourquoi pas « Mon corps m’appartient » ou « Je ne dois rien a personne ». Nancy Huston

Ce blog reste personnel, la redaction n’est jamais a l’origine de l’ensemble de ses contenus

“La religion est l’opium du peuple” Ce que Karl Marx veut penser lorsqu’il ecrit une telle phrase en 1827 dans sa Critique d’la philosophie du droit de Hegel, c’est que si le peuple se drogue avec Dieu et des cantiques et de l’encens et des fadaises et des fariboles ainsi que fantasmes de paradis, il ne fera pas attention a et cela devrait le preoccuper, a savoir la lutte contre les injustices dont il souffre, l’exploitation des forces vives, ainsi, ainsi d’affilee. De surcroi®t et puis ces derniers moment, il semble que le „desir“ occupe cette place pour des elites.

Au moment oi? j’emploie le mot d’elite, ce n’est gui?re une insulte ; je parle seulement des classes cultivees en pays les plus riches du monde. Ce n’est naturellement aucun notre faute si nous sommes nes en Amerique du Nord ou en Europe de l’Ouest au sein d’une famille aisee ; ce qui releve un tantinet environ une responsabilite, en revanche, c’est ce a quoi nous consacrons notre temps et nos energies, or j’suis frappee par la place primordiale qu’occupe le desir dans l’existence et le discours de notre jeunesse doree, place que l’on va en effet decrire tel sacree dans la mesure ou elle semble coupee de tout, entouree d’un halo de saintete irrefragable. Je voudrais essayer de montrer que ces paradis non pas fiscaux mais physiques, en Occident, ne semblent nullement sans lien avec des enfers qui subsistent et persistent ailleurs.

Ce n’est certes pas la toute premiere fois dans l’Histoire qu’on choisit de sacraliser Eros :

Cela s’est surpris a Rome au Ier siecle de notre ere (d’ou les sublimes scenes orgiaques de Naples, de Pompei ou des villas d’la cote amalfitaine), en Inde au IVe siecle (ecriture d’un Kamasutra), au Japon au XVIIe (d’ou des estampes erotiques de la tradition Shunga) mais aussi en France au XVIIIe (le libertinage). Il pourrait i?tre opportun de se pencher i  propos des conditions politiques et economiques ayant donne lieu, dans l’aristocratie de chacune ces societes, a une liberte exceptionnelle des femmes et a une proliferation de representations et de discours novateurs autour des manieres possibles de s’envoyer en l’air. Exemple plus facile a decrypter, peut-etre, car venu d’un passe plus recent : des Etats-Unis au tournant des decennies 1960-1970. Cela se voit que j’ai vecu toute mon adolescence dans ce pays au moment ou, au Viet-Nam, l’horreur en guerre etait a son apogee. En aussi moment que des centaines de milliers d’autres Blancs d’la middle-class, j’ai moi-meme trouve et sacralise le sexe ces annees-la, ainsi, je pense que McNamara et Nixon, aussi au pouvoir, ont du etre ravis d’entendre une slogan Faites l’amour gui?re la guerre ainsi que nous voir prendre la Pilule, se droguer a Notre Mary-Jeanne et s’entrebaiser jusqu’a pas d’heure dans la stupeur et le stupre – car, plus les jeunes du pays etaient obnubiles via un nombril, moins cela faisait de monde aux manifs, et de voix grandes pour protester Women’s Choice pour rencontres sites contre l’Agent Orange, le napalm, le viol des Viet-namiennes, les massacres de My Lai et le million de victimes vietnamiennes de “Our Boys”, la-bas au loin.

De meme, aujourd’hui, un demi-siecle prochainement, j’avoue etre legerement stupefaite de voir les jeunes gens cultives decliner et dissequer la sexualite sous ses innombrables et inenarrables coutures, humano, pan, homo, bi, trans et a, alors que pendant votre temps libre ils laissent la bride sur le cou a toutes les males dominants – chefs d’Etats, de tribus, d’Armees, d’Eglises, de Bourses, de banques et d’entreprises – qui conduisent inexorablement la planete a sa chute. Citons en vrac, pour ne prendre que l’exemple que du pays que j’habite, claque que Notre France continue de se deployer militairement en Afrique, que son economie peut dependre reellement largement des armements y compris nucleaires qu’elle fabrique pour nos vendre (ou dans l’espoir de les commercialiser ! ca ne roule pas forcement ! voir ce qui vient de nous arriver avec l’Australie ! mais passons) a d’autres pays, ainsi, que ses compagnies de petrole continuent d’extraire des hydrocarbures d’la Terre, ainsi, que ses compagnies forestieres continuent de detruire la foret primaire en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amerique du Sud, et que ses banques continuent de planquer des milliards dans des paradis fiscaux, et que 80% de ses hommes continuent de contribuer a toutes les profits faramineux de l’industrie pornographique, ainsi, que 90% de l’ensemble de ses travailleuses du sexe seront d’origine etrangere, souvent contraintes de louer leur corps pour rembourser le tarifs de leur venue en France, pardon, mais au regard de tout cela, et votre n’est qu’un echantillon peu peuplee, nos orgasmes doivent-ils vraiment etre Notre Mecque-plus-ultra de notre existence, l’acme de le sens ?

Les sorties a Paris ces derniers moment m’ont plongee dans le desarroi le plus total. Notre hasard a voulu que je voie, en succession rapide : 1° Pour autrui de Pauline Bureau au Theatre de a Colline, 2° Freda de Gessica Geneus a toutes les Sept Parnassiens, ainsi, 3° Le utile desequilibre des trucs, en compagnie Les Anges au plafond, au Theatre 71 de Malakoff. Impossible de ne pas admirer les talents deployees par les deux pieces de theatre en matiere de scenographie, de musique, de jeu des comediens, de mise en scene, de prouesses verbales. Mon intention ici n’est surtout pas de critiquer telle autrice ou tel projet de spectacle, mais de reagir au propos, afin d’etudier a Notre loupe les preoccupations de faire mes contemporains et de reconstituter Notre vision du monde a laquelle elles participent.

Le propos d’la piece de Bureau est d’effectuer l’eloge une gestation Afin de autrui en tant qu’embleme d’la “sororite” entre jeunes femmes, du choix libre, reflet du desir ainsi que l’amour. Une femme blanche, bouleversee de se tomber sur infeconde suite a une maladie, te prend avec son mari blanc la decision de proceder a une fecondation in vitro. Ils auront une simple fille blanche grace a la participation – joyeuse quoique naturellement jamais gratuite – d’une petit cousine brun clair de San Francisco. A beaucoup de reprises, le propos insiste via le fait que votre enfant va naitre parce que ses deux parents l’ont desiree. Quelque peu tel le commentaire amour au theatre de Racine, le mot desir dans la philosophie de l’elite contemporaine agit comme un sesame, expliquant et justifiant bien.

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